Analyse du Cycle de Vie

Le Groupe prend les devants pour une méthodologie unifiée

Si le plaisir de naviguer est réel, l’impact environnemental des activités nautiques reste un enjeu majeur. Comment concilier passion pour la mer et impératif de durabilité ? L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) permet de mesurer et d’identifier des pistes d’amélioration. Le Groupe Beneteau s’en empare et agit pour harmoniser les pratiques dans la profession. Explications de Nicolas GAULARD, chargé de mission RSE.

Quelle est la place de l’ACV dans la stratégie RSE
du Groupe ?

Initiée en 2021, l’ACV a permis de cartographier les impacts environnementaux de nos trois segments de marché (Dayboating, Motor Yachting et Voile). Pour chacune de ces familles, nous avons pris un bateau représentatif, analysé chaque étape de son cycle de vie, de sa conception à sa fin. Le Groupe Beneteau se veut proactif sur l’harmonisation de l’ACV et souhaite faire avancer l’ensemble du secteur sur le sujet.

Quels sont les principaux défis rencontrés lors de la réalisation des ACV pour les bateaux ?

Ils sont nombreux. J’en retiendrai deux :
– le traitement de chaque élément du bateau. Pour chacun d’entre eux, nous devons être en capacité de déterminer le poids et d’identifier les matériaux qui le constituent. C’est un travail long et fastidieux mais utile non seulement pour mon domaine mais aussi pour tous les métiers techniques ;
– la seconde : le fait de ne pas avoir de méthodologie standardisée pour les ACV ni de règle faisant foi dans la profession. C’est à nous de l’imaginer pour avoir un résultat précis et honnête, capable de nous aiguiller en interne et se comparer demain.

Prestige F4.9
Prestige F4.9

Quelles sont les initiatives mises en place pour
réduire l’impact environnemental de la phase de production de bateaux ?

Nous déployons des solutions de résine alternatives : Elium®, une résine recyclable et également des résines à 45 % biosourcées et/ou recyclées ; l’ensemble de nos petites pièces (capots, tables…) sont désormais totalement fabriquées à base de résine biosourcée à 35 % ; les travaux liés à l’hybridation et à l’électrification sont aussi des axes de travail majeurs pour le Groupe ou encore la production de nos bateaux dans des sites certifiés ISO 50001 (modèle de management de l’énergie).

Quelles sont les solutions envisagées pour la fin de vie des bateaux (recyclage, réutilisation…) ?

C’est un sujet très important pour notre Groupe et notre secteur ! Il faut rappeler que 70 % d’un bateau sont déjà recyclés ou réutilisés. Lorsqu’on parle de sa fin de vie, en moyenne après 40 ans, cela concerne principalement sa structure : la coque et le pont. Le Groupe Beneteau a choisi de centraliser sa démarche de déconstruction auprès de l’APER (filière de déconstruction des bateaux de plaisance). Lorsque cette dernière les récupère, ils sont déjà vidés de tout ce qui peut l’être – je pense à l’accastillage, les winchs, les poulies… En général, ce qui va rester, c’est la coque en composite. Nous travaillons étroitement avec l’ensemble de notre secteur pour avancer sur ce sujet.

Si vous deviez retenir une avancée majeure sur ce sujet au sein du Groupe en 2024, quelle serait-elle ?

Nous avons finalisé deux ACV : l’une sur le segment Voile avec le Lagoon 46 et l’autre sur celui des Motor Yachting avec la Prestige F4.9. C’est une belle avancée car nous n’avions pas d’image précise sur ces deux segments. Cela permet de savoir sur quelle phase du cycle de vie se situe l’impact environnemental.

Quelles sont les principales matières premières utilisées pour la construction des bateaux ?

Pour construire un bateau, nous avons trois grandes familles de composants :
– la structure correspondant à la coque et au pont. Elle est constituée de composites (matières) avec une résine en polyester et des renforts en fibre de verre ;
– l’aménagement intérieur avec des cloisons en bois ;
– le système c’est-à-dire tout le reste notamment le système de confort et les composants électroniques.
Les ACV réalisées nous ont permis d’identifier les axes de travail pour réduire l’impact environnemental de nos bateaux.

LAGOON-46
Lagoon 46

Comment l’impact environnemental de l’entretien et de la maintenance des bateaux est-il évalué ?

Nous estimons l’impact environnemental de ces sujets à environ 30 %. Toutefois, sur la maintenance, nous n’avons pas de données fiables à l’issue de la garantie constructeur car nous n’avons pas la main sur ce sujet. Nous savons que l’impact peut être important en termes de CO2.
Pour l’entretien, il y a plusieurs sujets : la consommation d’eau, de nettoyage, de carénage avec notamment la peinture spécifique que nous appliquons sur la coque appelée antifouling. Elle permet de réduire la consommation de carburant et empêche de transporter des espèces envahissantes dans des écosystèmes non adaptés. Elle a comme inconvénient d’être biocide et a donc un impact sur la biodiversité. Nous travaillons toutefois sur la sensibilisation de nos clients en les sensibilisant sur le sujet. L’entretien du moteur a aussi un impact mais a pour avantage d’allonger la durée de vie des bateaux. L’impact environnemental peut parfois être ambivalent !

En 2024, le Groupe déploie une nouvelle résine appelée « low carbon », à base de matière bio-attribuée. Elle est appliquée sur cinq modèles de la marque Lagoon.

L’initiative du Groupe Beneteau porte ses fruits au sein de l’EBI

La standardisation de l’ACV a été l’un des grands enjeux de 2024 au sein de la fédération européenne, l’EBI (European Boating Industry). Ce projet, initié par le Groupe en 2023 avec les principaux acteurs du secteur et la Fédération Industrielle du Nautisme, a permis d’élaborer une première méthodologie commune. « Cela nous a permis de frapper à la porte de l’EBI et de rassembler les acteurs européens autour de la table. Ce long processus a abouti à des consensus sur de nombreux sujets », se réjouit Nicolas GAULARD.

Décarbonation : le Groupe Beneteau affine son scope 3

Catégorie d’émissions de gaz à effet de serre la plus large et souvent la plus significative pour une entreprise qui inclut une vaste gamme de sources d’émissions (biens et services achetés, déplacements des salariés, transport et distribution des marchandises, fin de vie des produits vendus…), le scope 3 est un sujet essentiel à prendre en compte dans le cadre d’une stratégie de décarbonation efficace. Si le Groupe Beneteau a commencé à le calculer en 2022, une mise à jour a été réalisée en 2024. « Le calcul du scope 3 donne une information sur notre impact environnemental au niveau de l’entreprise quand l’ACV évalue spécifiquement l’impact environnemental de nos produits », précise Nicolas GAULARD.

Vers la réduction des impacts avec une nouvelle résine « low carbon » pour LAGOON

Innovation 2024 initiée avec son partenaire historique Polynt, la résine « low carbon » est constituée de 45 % de matière biosourcée et recyclée, c’est-à-dire issue de matière organique renouvelable (biomasse), d’origine végétale ou animale. « C’est un premier pas important pour notre entreprise et pour notre secteur », souligne Nicolas GAULARD.